#8 “A book based/turned into a TV show”

J’ai bien cru que je n’arriverais pas à remplir cette colonne. A part lire l’intégrale de Games of Thrones, j’avais du mal à trouver des cas de livres qui avaient été adaptés en séries. Jusqu’à ce que je tombe sur Gomorra de l’Italien Roberto Saviano, qui a effectivement été adapté sur les petits écrans en 2014.

Roberto Saviano, Gomorra- dans l'empire de la camorra. 2007, Gallimard, 458p.
Roberto Saviano, Gomorra- dans l’empire de la camorra. 2007, Gallimard, 458p.

Gomorra décrit le milieu de la camorra, organisation mafieuse de la région de Naples qui gère une bonne partie des infrastructures, fermes, décharges et contrats publics de la région. Peu de dialogues, juste un série de scènes racontées au vitriol et sans concession par le journaliste.

Tirer sur les vitrines n’est pas forcément un geste d’intimidation ou un message que délivrent les balles, c’est surtout une nécessité militaire. Quand de nouveaux lots de Kalachnikov arrivent, il faut les essayer, voir si elles fonctionnent, s’assurer que le canon est bien en place, que le chargeur ne s’enraie pas, se faire la main. Les hommes des clans pourraient le faire dans la campagne, tirer sur les vitres des vieilles voitures blindées, acheter des plaques de métal à mitrailler en toute tranquillité, mais ils ne font rien de tel. Ils tirent sur les vitrines des magasins, sur les portes blindées, sur les rideaux métalliques: une façon de rappeler qu’il n’y a rien qui ne puisse leur appartenir, qu’au fond tout n’est qu’une concession momentanée, qu’ils délèguent une partie de l’activité économique qu’eux seuls contrôlent réellement. Une concession, rien d’autre qu’une concession qui peut être annulée  à tout instant. Mais il y a aussi un avantage indirect: les vitriers du coin qui pratiquent les meilleurs prix sont tous liés aux clans de sorte que plus il y a de vitrines brisées, plus les vitriers y gagnent.

 Roberto Saviano, Gomorra, pp. 248-9.

Originellement, j’avais commencé ce livre sur les conseils de mon professeur d’économie, pour qui Gomorra représente un manifeste de la Nouvelle économie géographique. La lecture s’est avérée tellement plus divertissante qu’un cours d’éco! Certes, des notions d’économie en termes de marchés, de filiales ou d’agents économiques aident à mieux cerner le propos de l’auteur, mais cela va bien au-delà. Tant de noms, d’anecdotes, de chiffres ahurissants! Tout cela donne le vertige, et on se demande comment et à quel prix Saviano s’est procuré toutes ces informations. Un témoignage qui a un coût: Saviano vit aujourd’hui sous protection policière permanente.

A mes yeux, la lecture devient un peu lassante à la fin, surtout quand l’auteur sort de son propos objectif pour ancrer la camorra dans un rapport bien/mal, légal/illégal. Tout l’intérêt de son livre, à mes yeux, était de justifier l’existence de la camorra comme d’une organisation “paralégale”, présente là où l’Etat n’a plus le monopole de l’action publique.

Un lecture à la fois sombre et terriblement éclairante que je vous conseille!

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