L’Homme qui rit • Victor Hugo

Après un mois et demi passé au coeur de la littérature française contemporaine (l’aventure du Roman des Etudiants 2016 est disponible ici) , j’ai ressenti comme un grand besoin de retrouver des classiques.

L’expérience RDE m’a donné un sérieux lifting littéraire en matière de styles et de thèmes abordés et j’ai aimé me confronter à des choses nouvelles, voire à des livres qui ne m’ont pas plu. Cela étant, une fois arrivée au terme du concours (j’ai quand même fini le dernier livre le jour même de la clôture des votes), je savais que je voulais revenir sur des sentiers plus balisés. C’est un peu comme revenir à la charlotte aux fraises de mamie quand on a passé un mois à manger de la cuisine moléculaire, vous voyez ce que je veux dire?

Bref, pour ce retour aux sources, j’ai choisi L’Homme qui rit du bon vieux Victor Hugo, paru à la toute fin des années 1870 lors de son exil à Guernesey. Ma soeur m’avait prévenue:

“Je suis coincée dans une scène de naufrage qui dure depuis 150 pages, je commence à saturer. Tiens, vas-y, prends-le!”

Il ne m’en fallait pas plus pour relever le défi.

L’Homme qui rit raconte l’histoire du jeune Gwynplaine défiguré enfant par des bandits qui souhaitent en faire une attraction de foire en lui découpant les lèves façon “sourire de l’ange”. Il croise la route de son bienfaiteur Ursus avec qui il sillonne les routes d’Angleterre en exhibant son terrifiant visage. Accompagné par la jeune Dea qu’il a sauvée d’une mort certaine quand elle était enfant, ils s’aiment d’un amour puissant. C’est que Dea, aveugle, prend Gwynplaine pour ce qu’il est. Une série de péripéties mènent Gwynplaine au sommet du royaume d’Angleterre, où il se fait ambassadeurs des plus pauvres. Histoire d’être et de paraître dans une société de spectacle terriblement cruelle.

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Victor Hugo, L’Homme qui rit, Gallimard, éd. Folio Classique, 1869, 760p.

 Donc, me voilà partie à l’assaut des 760 pages du livre. Et je dois dire que Clémence n’avait pas menti. Je l’avoue, j’ai moi aussi bien failli y rester dans cette terrible (mais longuette) scène de tempête et de naufrage.

Mais quels rebondissements! Quelles descriptions! J’ai tellement de choses à dire sur ce roman. Tout d’abord, la constante opposition entre la laideur et noblesse de coeur des personnages de Hugo. Si vous avez lu Notre-Dame de Paris, vous savez de quoi je parle. Pour la faire courte, on trouvera rarement chez Hugo des personnages beaux et véritablement héroïques. Ou s’ils le sont (on pense à Esmeralda), cela les mène nécessairement à leur perte. Dans L‘Homme qui rit, cette opposition se double d’un second parallèle sur la vue. Quand Saint-Exupéry (et Dieu sait que j’admire cet auteur) dit “L’essentiel est invisible pour les yeux, on ne voit bien qu’avec le coeur” dans Le Petit Prince, bah il s’est un peu inspiré d’Hugo quand même. C’est pas grave, on t’aime quand même Antoine. Et par là-même, on retrouve une critique de la beauté et du paraître, qui reste éminemment actuelle. Enfin, et c’est peut-être ce qui m’a le plus marqué en tant que lectrice, c’est la teneur politique de son propos. En faisant le portrait d’un homme défiguré par des hommes cupides, Hugo raconte le sort d’une société française qui ploie sous le joug d’un régime autocratique (le Second Empire si mes souvenirs de lycée sont bons) après les espoirs lancés par la République. En exil pour ses propos incendiaires sur Napoléon III, Hugo se livre a un grand et touchant réquisitoire du pouvoir en place, loin sur son île battue par les vents.

Bref, si vous avez envie de vous (re)plonger dans un classique intemporel, je ne peux que vous le conseiller!

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