Pride and Prejudice • Jane Austen

Well, it’s been a while. 

Vraiment, je ne sais pas quoi dire, je suis confuse. Deux semaines sans donner de nouvelles, c’est vraiment nul. Il faut dire que j’ai été pas mal occupée. En une semaine, j’ai signé un contrat de travail (un vrai!), trouvé un appartement, déménagé à Paris, roulé ma valise aux quatre coins de Paris, prétendu que j’étais une adulte et signé tout un tas de papiers importants…  Mais je crois qu’au fond la vraie excuse était bel et bien de ne pas écrire l’article que vous lisez maintenant. L’article sur mon livre préféré de tous les temps, que je viens de relire. J’ai nommé Orgueil et Préjugés, ou Pride and Prejudice en version originale.

Je tourne les mots et les arguments dans ma tête depuis des semaines, à la recherche d’un ton passionné et mordant qui éviterait les écueils de la fan girl. Mais rien ne me vient. La panne complète. Ou plutôt si, une série de clichés sur la finesse de Jane Austen, sur sa psychologie des personnages inégalée, sur sa façon d’évoquer les drames de la vie par des scènes à première vue totalement anodines… Alors j’assume mon addiction et j’espère bien que vous me suivrez jusqu’au bout!

It is universally acknowledged that a single man in possession of a good fortune must be in want of a wife

Jane Austen , Pride and Prejudice

Vous avez forcément entendu parler de l’histoire de ces cinq soeurs de la gentry, élevées par une mère vivant dans le seul but est de les voir mariées un jour. Il y a la belle Jane, un peu discrète, Mary la bigote, Kitty et Lydia les déjantées, et bien sûr Elizabeth la spirituelle, à la langue bien pendue qui n’entend pas se marier avec n’importe qui, ne serait-ce que pour sauver son modeste héritage. Jusqu’à un soir de bal de province où elle fait la connaissance de l’indéchiffrable Mr Darcy, seigneur du Derbyshire, bien décidé à haïr tous les pèquenauds qu’il rencontre ce soir-là.

Quand j’essaie de réfléchir à la raison pour laquelle ce livre me tient tant à coeur, je pense à la complémentarité des personnages centraux, à leur détestation cordiale des premiers instants et réunis par leur fierté pathologique. Tout semble les opposer au début du roman. Clairement, Darcy est l’introvert du XIXe siècle tandis qu’Elizabeth est de l’autre côté du spectre, enjouée et téméraire. Mais question honnêteté et sentiments, ils sont sur la même longueur d’ondes et il leur faut 300 pages pour dépasser l’opacité d’une société corsetée par les castes et l’étiquette.

La plupart des gens disent qu’il ne se passe pour ainsi dire rien dans les romans d’Austen. Je dois avouer que c’est vrai. Question action, c’est encéphalogramme plat. Mais les dialogues sont d’un humour et d’une finesse caustique, que les adaptations filmiques du livres retouchent à peine, c’est dire. Bref, j’y trouve dans ma deuxième lecture une approche différente mais tout aussi plaisante que lorsque j’ai découvert le livre au lycée, et le message d’Austen n’a pas pris une ride: c’est pas mal de Girl Power et beaucoup d’humour, servi avec une tasse de thé et un scone à quatre heures tapantes.

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#42 “A book written by someone under 30”

Encore un livre qui a dû m’échapper de la liste des lectures obligatoires du lycée… Il est temps de rattraper le retard avec Frankenstein de Mary Shelley.

On dit que la valeur n’attend le nombre des années. Dans le cas de Mary Shelley c’est plutôt fondé: Frankenstein voit le jour alors que l’auteur n’a pas vingt ans. Plutôt pas mal.

Mary Shelley, Frankenstein, Oxford World's Classics, 1818, 223p.
Mary Shelley, Frankenstein, Oxford World’s Classics, 1818, 223p.

Tout le monde connaît l’histoire de Frankenstein: le jeune Victor Frankenstein, épris de sciences et de gloire, cherche à donner vie à un homme créé de toutes pièces. Mais le “Prométhée des temps modernes” réalise vite l’erreur de vouloir jouer avec les lois de la nature: sa création devient son pire ennemi. Maudit par le monde pour sa difformité, la “chose” s’engouffre dans la solitude et l’observation des moeurs humaines. Il ne reste qu’une solution: forcer son créateur à concevoir une compagne à son image pour rompre la solitude, ou abattre sur lui sa terrible vengeance…

Plus jeune, j’avais une grande appréciation pour les romans dits “psychologiques” où l’évolution des personnages priment sur l’intrigue elle-même. Aujourd’hui je mesure le chemin parcouru et je n’ai pu m’empêcher de me questionner devant certains passages du livre: pourquoi, mais pourquoi Shelley passe-t-elle si eu de temps sur les moments clé du roman quand elle s’attarde des pages et des pages sur les élucubrations de son héros? J’oscille entre ennui et admiration pour le rythme de la narration. Avant d’être un roman d’horreur, Frankenstein est pour moi un roman de personnages de la non-action. Relisez bien certains passages: tous les moments où le jeune Frankenstein perd une personne chère sont ceux où il n’était pas là, où il n’a rien fait, trop occupé à sa quête de savoirs où à une sombre introspection. Cela n’enlève pas pour autant la beauté de la langue, véritable écrin pour une histoire sombre à souhait.

#32 “A funny book”

Je suis rarement tombée sur des livres qui m’ont fait franchement rire. Mentionnons peut-être Huit jours en été de mon cher Patrick Cauvin (à voir plus haut sur le blog !) ou encore Le Chameau sauvage de Philippe Janeada que je recommande vivement. Ces livres-là, on les garde précieusement pour en ressortir les meilleurs extraits les jours de grande déprime.

Néanmoins, si vous cherchez à passer un bon moment avec un petit livre, sans prise de tête et le sourire au coin des lèvres, alors je vous recommande The Uncommon Reader de l’Anglais Alan Bennett.

Alan Bennett, The Uncommon Reader, Porofile Books, 2007, 124p.
Alan Bennett, The Uncommon Reader, Porofile Books, 2007, 124p.

L’histoire peut sembler loufoque : et si la reine d’Angleterre se découvrait une passion soudaine pour la lecture, au point de menacer les activités de la Couronne ? On se plait pourtant au fil des pages à imaginer Her Majesty se rendre à la petite bibliothèque mobile du Palais de Buckingham, avec ses corgis ventripotents qui trottinent derrière elle. Et après tout, pourquoi pas ? Ce livre est un manifeste à la lecture pour tous, au droit d’être bouleversé(e) par la littérature, d’avoir sa vision du monde transformée par des mots imprimés sur une page.

Plus tendre qu’hilarant, ce petit livre sur la puissance des livres a toute sa place dans ce challenge. Moi aussi je revendique le droit de me prendre « un grand coup sur la tête par un grand livre » comme disait Kafka. Longue vie aux livres, et long live the Queen !

#31 “A book that scares you”

Un livre qui nous effraie… Mais pourquoi? Je voyais beaucoup de raisons à ce qu’un livre puisse me faire “peur”. Parce que l’intrigue me donne des sueurs froides et m’empêche de descendre les escaliers dans le noirs (Stephen King, Franck Thilliez), parce qu’il est écrit dans une langue dans laquelle je n’avais jamais lu (Un viejo que leía novelas de amor, bientôt sur le blog!), parce que j’avais peur de ne pas le finir ou qu’il me tombe des mains (à tout hasard, le Talmud). J’ai finalement opté pour un livre donc la couverture m’a donné froid dans le dos et a tout de suite suscité mon intérêt. Place donc à The Exsanguinist de R.N. Morris.

R.N. Morris, Th Exsanguinist, Ed. Didier, coll. Paper Planes, 2010, 90p.
Roger Morris, The Exsanguinist, Ed. Didier, coll. Paper Planes, 2010, 90p.

Londres, 10914. La capitale vit au rythme des découvertes macabres: les victimes, généralement des jeunes hommes,  sont retrouvées totalement vidées de leur sang. L’enquête menée par le capitaine Silas Quinn nous emmène dans l’un des clubs les plus huppés de Londres, The Panther Club.

En moins de cent pages, Morris emporte le lecteur dans une enquête haletante et rondement menée. Loin d’un Sherlock Holmes à l’aura parfaite, Silas Quinn se révèle empli de zones d’ombres sur son passé et difficile à cerner. La fin inattendue et le style précis de l’auteur font de ce petite livre une enquête efficace qui ne prend pas trop la tête à 8h dans le métro.

#19 “A book of short novels”

Me sentant quelque peu coupable de n’avoir rien posté pendant trois bonnes semaines, je profite d’une semaine de repos pour mettre les bouchées doubles. Cinq livres en Cinq jours. Rassurez-vous, ce sont surtout les catégories “faciles” qui ont été abordées! Je garde le monstre It de Stephen King, 1300 pages au compteur, pour de prochaines aventures… Si j’arrive à le finir un jour.

Pour la lecture d’un recueil donc, j’ai choisi un de mes personnages favoris, l’inimitable Sherlock Holmes. Bien avant que la série avec Benedict Cumberbatch ne ressorte de l’oubli les aventures du détectives de Baker Street pour notre plus grand plaisir, j’ai toujours aimé les histoires de Sir Conan Doyle avec son fameux personnage. Le Chien des Baskerville reste une de mes histoires préférées par son côté visuel et véritablement effrayant.

Conan Doyle, Sherlock Holmes, Le rituel des Musgrave suivi de trois autres nouvelles, Librio, collection Policier1994, 90p
Conan Doyle, Sherlock Holmes, Le rituel des Musgrave suivi de trois autres nouvelles, Librio, collection Policier, 1994, 90p.

Bref, le recueil que j’avais choisi contenait quatre nouvelles d’une vingtaine de pages chacune: “Le rituel des Musgrave”, “L’interprète grec”, “Fausse identité” et “Le mystère de la vallée de Boscombe”. Si les histoires en elles-mêmes contiennent tous les éléments d’un bon polar à la Conan Doyle, je me suis surprise à apprécier davantage les petits détails donnés sur Sherlock, comme autant de faits qui viendraient prouver l’humanité de cet infaillible détective. Au fil des pages, si l’on prête bien attention, on apprend que Holmes est dépressif, misanthrope et toxicomane sur les bords. Oh, et il n’aime pas beaucoup les femmes non plus. Quant à la relation Holmes- Watson, je l’ai toujours trouvé fascinante. Du passif-agressif à l’état pur! Qui a le plus besoin de l’autre dans l’histoire? Bref, un côté très psychanalysant qu’il me plairait de fouiller si j’en avais le temps.

En attendant, je pars en Irlande pour un ultime séjour linguistique de quinze jours, mais rassurez-vous, je vous laisse quelques petits biscuits qui seront postés tous les deux ou trois jours! Stay tuned folks!

#17 ” A book at the bottom of your list”

Il y a des livres qu’on ne peut jamais se résoudre à lire, peu importe le temps qu’ils passent sur la table de chevet ou dans le sac. Vous les connaissez aussi? Ceux qui nous narguent, nous observent jusqu’au moment où on se décide ENFIN à les ouvrir. Un livre du type Il importe d’être Constant d’Oscar Wilde, résident de ma bibliothèque depuis des temps immémoriaux.

Oscar Wilde, The Importance of Being Ernest,  1895, 90p.
Oscar Wilde, The Importance of Being Ernest, 1895, 90p.

Wilde signe ici une pièce de théâtre qui utilise tous les ressorts du comique, et pour une fois je ne vais pas me risquer à vous raconter l’intrigue parce que je me planterais forcément à un moment entre qui est qui. Tout ce que je peux vous dire, c’est qu’il y a un Ernest dans l’histoire (traduit par Constant en français) qui fait des siennes et s’invente une autre vie pour séduire une sa bien-aimée. Bref, des quiproquos, des jeux de mots, des incompréhensions qui donnent une intrigue enlevée et résolument drôle. En plus c’est tout petit, ça se lit en 2 jours! Pas d’excuse!

#10 “A trilogy”

Les amis, l’heure est grave.

Nous sommes officiellement à la moitié du temps imparti pour ce 2015 reading challenge, et j’ai rempli 1/5 du contrat. Autant dire que j’ai plutôt intérêt à accélérer la cadence si je veux tout boucler au 1er janvier comme prévu. D’un autre côté, je vois la liste se remplir progressivement et j’en deviendrais presque fière de moi: sans ce challenge, je n’aurais certainement pas lu autant ou fait des découvertes littéraires improbables pour remplir les catégories du challenge. Et maintenant, le réflexe de sortir un livre dès que j’ai un peu de temps devant moi revient. Je comble un peu mes lacunes littéraires, je voyage du Japon des geishas aux banlieues napolitaines sur le trajet de l’école.  Tout compte fait, voir le verre à moitié plein c’est bien aussi.

C'est le Noooord.
C’est le Noooord.

Ce dixième article sera consacré à une trilogie, que j’ai commencée plus tôt en janvier. Evidemment, lire trois livres pour une seule catégorie, cela prend un peu de temps. J’ai donc choisi la trilogie écossaise de Peter May: L’Ile des chasseur d’oiseaux, L’Homme de Lewis, Le braconnier du lac perdu. Une série de thrillers primée à de nombreuses reprises, que j’ai choisie sur les recommandations de ma grande soeur Anaïs.

L’histoire se déroule dans l’archipel des Hébrides, tout au nord de l’Ecosse, et plus particulièrement sur l’île de Lewis. On y parle le gaélique et la nature y règne en maître. Un décor absolument scénique où évoluent une série de personnages, famille ou amis, que l’on suit sur plusieurs générations grâce à des flashbacks efficaces. Le personnage principal est Fionnlagh (Fin) McLeod, inspecteur de police basé à Edimbourg qui revient sur son île natale pour les besoins d’une enquête. Revenir sur l’île de Lewis après dix-huit ans d’absence s’avère pourtant plus difficile que prévu. Entre les premières amours, les secrets de famille et les rites de passage, les intrigues se créent et se dénouent, portées par la plume énergique de May. A la fin de cette trilogie, je n’avais plus qu’une envie: chausser des bottes et un ciré, apprendre deux mots de gaélique et partir à l’aventure dans les Hébrides là où tout est neuf et tout est sauvage. 

La trilogie écossaise, Peter May, Editions du Rouergue.
La trilogie écossaise, Peter May, Editions du Rouergue.

Au niveau des intrigues, j’ai trouvé le deuxième tome un peu faible, heureusement compensé par un très beau portrait des relations familiales qui nous permettent de mieux cerner le passé des personnages. En fait, on est contents de retrouver les personnages laissés au premier tome, comme si on renouait avec des vieux amis. Heureusement, Fin McLeod reprend du service dans le troisième tome et donne un cocktail sombre et explosif.

Je vous le dis, cet été sera au tartan ou ne sera pas!

Et si vous n’étiez pas convaincus, voici un article passionnant de la BBC sur un rite ancestral que perpétuent les hommes de l’île de Lewis: partir à la chasse au Guga, dont les oeufs sont appréciés des insulaires, sur un rocher perdu en plein océan, retiré du monde.