Roman des Etudiants 5/5

Un mois et demi et dix livres plus tard, le Roman des Etudiants touche à sa fin. Les jurés se sont prononcés lundi dernier sur leur roman favori et l’avis a été unanime : c’est En Attendant Bojangles d’Olivier Bourdeaut qui a remporté tous les suffrages.

 Croyez-le ou non, mais la dernière ligne droite m’a permis de découvrir mes deux livres favoris de la sélection. Je suis donc ravie d’avoir pu tenir le rythme, sans quoi je serais complètement passée à côté de ces deux phénomènes de la rentrée littéraire.

 Celle que vous croyez– Camille Laurens

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Camille Laurens, Celle que vous croyez, Gallimard, 2016, 192p.

 Facebook et les réseaux sociaux font leur incursion dans l’œuvre littéraire depuis pas mal d’années maintenant. Celle que vous croyez élève clairement la tendance au niveau supérieur. Le nouveau roman de Camille Laurens dépeint la descente aux enfers de la narratrice Claire, 48 ans, qui sous couvert d’une  nouvelle identité virtuelle, séduit le meilleur ami de celui qui l’a quittée.  Ce qui commence comme un désir de revanche par un flirt sans conséquence se change petit à petit en un jeu très dangereux où les identités finissent par se confondre et alimenter le délire psychotique de la narratrice. Une écriture ciselée et des récits enchâssés mais jamais confus confèrent au livre un rythme haletant, identique à d’Après une histoire vraie de Delphine de Vigan, également dans la sélection RDE. J’ai été prise d’emblée par le tourbillon d’émotions et d’avatars de cette romance très Good Bye Marilou. C’est magnétique, puissant, dérangeant jusqu’au bout et le lecteur en redemande. On relève au passage les premières pages sans ponctuation, qui ne sont pas sans rappeler quelques passages de Belle du Seigneur d’Albert Cohen…  Génial!

En attendant Bojangles– Olivier Bourdeaut

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Olivier Bourdeaut, En Attendant Bojangles, Finitude, 2016, 160p.

Le voilà, notre grand gagnant du RDE 2016 ! Et comment ne pas s’incliner devant ce magnifique premier roman d’Olivier Bourdeaut ?

 Un couple danse amoureusement sur un air de Nina Simone, dans un salon bourgeois du Paris des années 1950.  Leur fils les regarde, émerveillé par leur grâce et l’adoration qu’ils se portent. C’est travers de ce même regard enfantin que l’on découvre le terrible secret de famille autour de la mère du narrateur. Un style à la Boris Vian, où le tragique se drape de burlesque, tout en élégance et en tendresse En attendant Bojangles est un premier roman plein de promesses qui est en passe de rafler tous les prix des lecteurs : en effet, le livre vient également de remporter le prix RTL-Lire 2016. Preuve que les lecteurs, étudiants ou non, reconnaissent unanimement le talent de conteur d’Olivier Bourdeaut. Pour une immersion totale, je recommande vivement de le lire avec pour musique de fond le morceau éponyme et envoûtant de la grande Nina Simone.

Ainsi se termine la série du RDE ! J’espère que vous avez aimé mes aventures et mes rencontres. Maintenant, à vous de me dire : souhaiteriez-vous voir davantage de contenus similaires à celui-ci à l’avenir ?  

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Roman des Etudiants 4/5

Demain, c’est le grand jour.

Les 400 juré(e)s du Roman des Etudiants devront faire leur choix pour élire le livre favori de la sélection qui leur a été proposée. Les retardataires s’activent pour finir les dernières pages, et les échanges s’intensifient. Pour ma part, j’ai bon espoir de finir le dixième et dernier livre ce soir si tout va bien. Dire que nous avons commencé l’aventure en janvier, le temps passe décidément très vite!

Voici donc le quatrième volet des aventures du RDE:

La Bibliothèque de Hans Reiter – Jean-Yves Jouannais

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Jean-Yves Jouannais, La Bibliothèque de Hans Reiter. Grasset, 2016, 160p.

Le narrateur se retrouve mandaté par un collectionneur et part à la recherche des ouvrages du mystérieux Hans Reiter, passionné par la littérature de guerre. Il ne va pas tarder à se rendre compte qu’il n’est pas le seul lancé sur la piste de l’énigmatique bibliophile… Voilà comment on pourrait résumer en quelques mots le nouveau livre de Jouannais. Une balade à la fois érudite et surprenante au milieu des livres et des scènes de batailles, qui débouche sur une surprenante théorie: et si la Seconde guerre mondiale n’avait été qu’un malentendu diplomatique, une blague lancée par les Allemands qui aurait tourné au tragique en 1945? Sans être un coup de coeur, j’ai accepté de me laisser désarçonner par ce petit livre et j’ai finalement réussi à l’apprécier. Et puis, me parler de bibliothèques, c’est déjà me séduire un peu.

Un Amour impossible – Christine Angot

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Christine Angot, Un Amour impossible, Flammarion, 2015, 216p.

A l’heure où l’on fête les mamans Outre-Manche, le nouveau livre de Christine Angot ne pouvait pas mieux tomber. Il explore les tréfonds de la relation mère-fille dans la France des années 1960. Si beaucoup de thèmes parcourent le livre (la lutte des classes, l’inceste, le travail de deuil), c’est pourtant celui de la vérité en littérature qui m’a le plus interpellée. Il semble en effet traverser tous les romans de la sélection du Roman des étudiants et m’a ouvert à de nouveaux questionnements dans mon parcours de lectrice. Pour être honnête, j’ai eu un peu de difficultés à entrer dans l’univers, tant la relation entre la narratrice et sa mère semble tortueuse; j’ai alors réalisé que c’était peut-être la réaction attendue par l’écrivain vis-à-vis de son lecteur: ne pas s’identifier à elle, mais accepter la singularité de la fiction comme on accepte le passé des gens qu’on aime.

Je vous retrouve la semaine prochaine pour la dernière série du RDE. A quelques jours de la fin je mesure déjà tout ce que cette aventure m’a apporté. Mais  dorénavant, je me fais la promesse solennelle de ne lire que ce qui me plait. Du moins pour un temps.

Roman des Etudiants 3/5

Nouvelle semaine, nouvelle étape dans les lectures de la sélection du RDE. Moi qui rêvais de lire ce que je voulais, de prendre mon temps après la frénésie du challenge 2O15, j’ai comme l’impression d’être repartie dans une cadence soutenue infernale. Toutefois je ne regrette rien: les échanges sur la sélection. avec les autres jurés s’affinent et deviennent très intéressants au fur et à mesure que nous progressons dans nos lectures respectives.

Voici un résumé de ce que j’ai lu ces derniers temps:

La Splendeur dans l’herbe – Patrick Lapeyre

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Patrick Lapeyre, La Splendeur dans l’herbe, P.O.L, 2016, 324p.

A priori, Sybil et Homer n’ont rien en commun. Mis à part le fait qu’ils se sont tous les deux fait lâchement plaquer par leur conjoint(e) respectif(ve), qui sont partis s’installer à Chypre. Sybil et Homer décident de se rencontrer pour parler de ce qui vient de leur arriver et peut être retrouver les restes de leur histoire précédente. Naît alors une histoire d’amour entre les deux amants éconduits. Mais que peut-on vraiment bâtir sur le deuil d’une relation précédente?

Grande découverte que ce roman de Patrick Lapeyre. Voici un écrivain doué d’un profond talent pour explorer les relations humaines, et surtout, la relation à soi. C’et une plongée dans l’intime, dans toute sa beauté et sa pudeur. Je me suis retrouvée à plusieurs reprises dans le portrait de ces âmes un peu perdues, tiraillées entre les cendres d’un amour disparu et l’envie de s’investir à nouveau. La peur de passer à côté de quelque chose contre la hantise de briser à nouveau son coeur. On pardonne aisément quelques longueurs sur la fin et un style parfois un peu trop monocorde.

La Cache – Christophe Boltanski

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Christophe Boltanski, La Cache, Stock, 2015, 344p.

De toute la sélection RDE 2016, je n’aurais pu trouver livre plus dissemblable à celui que je viens d’évoquer quelques lignes plus haut. Et la confrontation entre les deux n’en a été que plus enrichissante. Je m’explique: autant Patrick Lapeyre dépeint avec brio les relations humaines, autant Boltanski est un professionnel de la description et des choses matérielles. Mes lectures de l’année passée m’ont fait prendre conscience de mes réflexes (ou mauvaises habitudes) de lectrice: j’ai toujours tendance à me concentrer sur deux choses dans un roman: l’intériorité des personnages et leurs interactions, et l’environnement matériel qui les entoure. Ainsi, pour moi, une Jane Austen aura autant de talent dans la description de la gentry à l’ère victorienne qu’un Stephen King dans un passage de Joyland. On ne peut pas être bon partout. J’aime les deux, sans concession.

Bref, tout ça pour vous dire que ce premier roman qui décrit la famille Boltanski donne lieu à de sublimes descriptions d’un appartement parisien, à la fois cocon familial du clan et prison infernale. L’appartement devient un personnage à part entière. Un voyage dans le temps et les souvenirs, où hommes et choses finissent par ne faire plus qu’un. Sans être un coup de coeur, ce roman est un sérieux candidat pour le prix et surtout un premier roman très prometteur.

J’ai récupéré la fin de la sélection et je vous donne rendez-vous la semaine prochaine pour une nouvelle chronique RDE!

Roman des Etudiants 2016 – 2/5

Deuxième épisode de la série consacrée au Roman des Etudiants!

Après quatre (bientôt cinq) ouvrages lus, mon sentiment général commence à se faire jour : la sélection de cette année est résolument placée sous le thème de l’inspection et du « moi ». La plupart des romans que j’ai lus offrent une véritable plongée dans l’intime, déclinée au fil des expériences et des péripéties des personnages. Certains réussissent avec brio à nous emmener dans leur univers (D’après une histoire vraie- Delphine de Vigan), d’autres restent plus hermétiques (Entre les deux il n’y a rien– Mathieu Riboulet). Une chose est sûre: moi qui voulais m’intéresser de plus près aux romans de la rentrée littéraire, je suis contente d’en avoir un aperçu. J’ai hâte de voir ce que nous réserve la suite de la sélection !

Envoyée Spéciale – Jean Echnoz

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Jean Echenoz, Envoyée Spéciale, Editions de Minuit, 2016, 320p.

L’heure est grave: les relations diplomatiques entre la France et la Corée du Nord sont au plus bas depuis des années. Il faut faire quelque chose pour réchauffer les rapports entre les deux pays. Qui de mieux pour cela qu’une chanteuse désoeuvrée qui dans sa jeunesse a cartonné dans les hit-parades nord-coréens ? Voilà donc Constance mandatée pour une mission de la plus haute importante à Pyongyang. Toutefois, cette mission n’apparaît que tardivement dans le roman: elle est précédée par le récit de l’oisiveté des personnages principaux. Une manière de soulever la vacuité et l’ironie de la mission diplomatique? Une ode à l’absurde? En tout cas, ce roman en apparence décousu et sans prétention nous embarque dans son univers et donne de vrais moments comiques. Qui plus est, les personnages sont particulièrement attachants et leur caractère brossé avec une certaine dose d’ironie. Un véritable OVNI dans la sélection!

Titus n’aimait pas Bérénice – Nathalie Azoulai

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Nathalie Azoulai, Titus n’aimait pas Bérénice, P.O.L, 2015, 320p.

Si le roman précédent reste une oeuvre sans grandes prétentions, celui-ci fait tout le contraire. Nathalie Azoulai choisit comme personnage principal un des plus grands dramaturges français, Jean Racine. Rien que ça! On plonge dans l’intimité du géant de la Comédie-Française, intime du roi Louis XIV et des grands du Siècle des Lumières, en abordant au passage les thèmes du deuil, de la jalousie et de la création artistique. Pourquoi Titus et Bérénice donc? L’héroïne tragique est revisitée au goût du jour dans une romance contemporaine, qui suite à une rupture se plonge dans l’oeuvre de Racine pour surmonter son chagrin d’amour. Ne vous laissez pas flouer par le titre: Titus et Bérénice, de la tragédie du même nom, ne sont ici qu’un prétexte pour aborder la vie de leur auteur. Cela me laisse d’ailleurs un peu perplexe: OK, je comprends: Bérénice s’identifie à l’héroïne de Racine, au point de lui voler son nom.  Mais pourquoi le besoin de “placer” cette histoire d’amour et surtout son dénouement tragique dans ce livre? Pourquoi ne pas plutôt assumer le caractère biographique de l’oeuvre? Les ambitions et les styles se mélangent pour donner un livre grandiloquent qui a tendance à se perdre dans le sujet qu’il entreprend de traiter. Je n’ai pu réfréner quelques haussements de sourcil à la lecture de passages “à la Max Gallo”(*), du style “Jean posa ses mains sur le ventre rond de Marie… “STOP! Ou est-ce seulement moi qui m’exaspère quand on mélange la grande et la petite Histoire? A vous de décider!

(*) Historien et romancier, Max Gallo a tendance à donner dans ses oeuvres une tournure très intime aux personnages historique qu’il traîne, d’où des passages un peu incongrus. 

A ECOUTER: Nathalie Azoulai parle de son nouveau livre sur France Culture ici

Roman des étudiants 1/5

Dans mon premier post de l’année, je vous annonçais ma participation en tant que jurée au prix du Roman des étudiants, organisé par France Culture et Télérama. Voici donc le premier article d’une série de cinq que je consacrerai à cette nouvelle aventure! Etes-vous prêts?

Dix livres issus de la rentrée littéraire ont été sélectionnés et laissés aux bons soins d’un jury étudiant qui devra élire le roman le plus percutant. L’an dernier, c’est L’Amour et les forêts d’Eric Reinhardt (Gallimard) qui avait été choisi par un jury de 4OO étudiants.

J’ai pensé que cela serait une chouette opportunité de vous emmener avec moi dans la course aux livres. Bah, rien que 10 bouquins en deux mois, ça devrait le faire, je crois avoir vu pire niveau timing hein? (oh the irony).

Après une première rencontre au mythique Furet du Nord place du Général de Gaulle à Lille, chacun repart avec son petit lot de livres. Après quelques jours de lecture assidue. J’ai pu terminer deux ouvrages qui ne m’ont pas laissée indifférente.

1- D’après une histoire vraie – Delphine de Vigan

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Première lecture, et déjà un gros coup de coeur. Je n’ai pu m’arracher à ce récit haletant qui traite de l’emprise émotionnelle de F. sur la vie de l’auteur pendant près d’un an, jusqu’à l’isoler de ses amis et lui voler son identité. Une expérience pour le moins troublante qui interroge sur la fragilité de l’être humain, les rapports de pouvoir entre les individus et surtout la notion de vérité dans la création littéraire. Une belle découverte qui en présage bien d’autres j’espère!

2- Entre les deux il n’y a rien – Mathieu Riboulet

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Difficile de mettre en mots le sentiment que me laisse ce livre. Bien sûr, je perçois la révolte de l’auteur qui raconte son adolescence dans les années 1970’s où revendications sexuelles et politiques se mêlent inextricablement dans un même combat acharné. Cependant, j’y reste complètement insensible et ne parviens pas à rentrer en empathie avec ses luttes adolescentes, où la colère me semble particulièrement vaine. Reste de cette lecture un profond malaise qui donne tout de même à réfléchir sur la capacité d’engagement politique à notre époque.

 

On se retrouve la semaine prochaine pour un nouvel épisode. Sur ce, bon week end les amis!

Hello 2016

Je le sais, j’arrive après la traditionnelle période des voeux et des bonnes résolutions. Après la frénésie des douze derniers mois, j’avais grand besoin de cette période de silence radio pour faire le point sur l’évolution que je voulais donner à ce blog et aux contenus que je souhaitais y développer.

Aussi, accessoirement, parce que j’ai quitté la vie étudiante pour un stage avec des changements de rythme conséquents: moins de temps pour lire, une pile qui s’accumule sous la table de chevet, vous connaissez tout ça.

En attendant, j’ai bien écouté vos conseils et je vous concocte des nouvelles rubriques qui viendront compléter mes aventures littéraires de haut vol. Lire, c’est bien, mais j’ai aussi envie de sortir et d’aller à la rencontre des acteurs de l’édition en région et de ceux qui font avancer les choses avec des initiatives solidaires et responsables.

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Premier rendez-vous du RDE: le Furet du Nord sur la Grand Place de Lille

L’autre but de cette update, c’est également de vous faire part de la grande nouvelle de ce début d’année: j’ai été retenue pour être jurée au sein du Roman des Etudiants, prix littéraire organisé par France Culture et Télérama! Au programme, une dizaine de livres, et un seul gagnant désigné début mars par un jury composé de près de 300 étudiants (toutes les infos ici). Bien sûr, je vous ferai part de mes découvertes au fil des semaines sur le blog ainsi que sur Twitter (ça y est, je m’y suis mise, @NCondomines pour me suivre si le coeur vous en dit). J’ai reçu les trois premiers livres hier et je suis impatiente de voir où cela va nous mener.

A très très bientôt les amis!