Revue de presse • 8

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Diane Cordell, CC BY 2.0

 

L’actualité des livres et des bibliothèques dans le monde fabuleux d’Internet

 

1- Les bibliothèques de rues ou le bookcrossing: un phénomène décrypté dans cet article de France Inter

2- Quand l’incomparable Agnès Spiquel s’essaie à l’analyse de Notre-Dame de Paris dans cette conférence filmée de l’Université de Nantes, c’est la volupté littéraire assurée (France Culture- Le Monde est un Campus)

3- Un libraire japonais ne vend qu’un livre par semaine. Et ça fonctionne! La suite ici. Un changement de carrière à méditer? (Le Figaro)

4- Le livre, cette arme d’instruction massive (article à lire en italien sur La Repubblica)

5- La nouvelle collection Penguin débarque aux Etats-Unis et ça envoie du lourd. A retrouver sur le seul et unique Buzzfeed

 

Journal d’un vampire en pyjama • Mathias Malzieu

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Mathias Malzieu, Journal d’un vampire en pyjama, Albin Michel, 2016

Que l’on se souvienne de cet article comme de celui où j’avoue que je me suis trompée.

L’avantage quand on aime les livres et qu’on le fait savoir, c’est que pour votre anniversaire les gens savent quoi vous offrir. Pour mes 23 ans, j’ai donc reçu Journal d’un vampire en Pyjama de Mathias Malzieu (2016, éd. Albin Michel).

Pour ceux qui l’ignorent, Mathias Malzieu est le chanteur du groupe rock Dionysos, connu pour son univers onirique aux accents franchement burtoniens . Les chansons rock-folk sont peuplées de fées, de garçons avec une horloge à la place du cœur et de Jedi électrisants, rien que ça.

Je n’avais pas de doutes sur les talents de poète de Malzieu : des années d’écoute passive de Dionysos à travers les murs de la chambre de ma sœur (« Tes lacets sont des fées tu maaaaaarches dessus … ») m’en avaient convaincue.  Simplement, je n’y avais jamais été très sensible et je criais haut et fort que ce déballage d’images féeriques et de jeux de mots n’avait rien d’extraordinaire, qu’il valait mieux s’attaquer à des « vrais » sujets au lieu de vouloir raconter des histoires sans queue ni tête à base de personnages complètement délirants. Au fond, je crois surtout que ça m’amusait de contredire ma grande sœur qui visiblement était une grande fan du groupe. Un niveau de maturité plutôt élevé pour mes 15 ans comme vous pouvez le constater.

Bref, plutôt curieuse, j’ai récemment profité d’un dimanche après-midi calme et pluvieux (d’un jour de déluge tout droit sorti d’un épisode biblique) pour entamer ma lecture. Et très vite, j’ai réalisé à quel point la Noémie de 15 ans avait eu tort. Ma pauvre, tu faisais la maline, mais au fond tu n’avais vraiment rien compris.

Première chose à savoir: âmes sensibles, sortez les mouchoirs. Ce livre n’est clairement pas gai. Il retrace le combat du chanteur contre une maladie de la moelle osseuse qui détruit son système immunitaire à vitesse grand V. Un diagnostic aussi violent que soudain, qui l’oblige à entrer en chambre stérile et à vivre au gré des transfusions sanguines, comme un “vampire”. Pour un artiste qui a pour habitude de prendre des bains de foule musclés à chacun de ses concerts, c’est plutôt tragique. Malzieu ne laisse rien au hasard: sa peur de mourir, son désir d’enfant, la solitude de l’hôpital, les traitements à n’en plus finir. Il faut bien le dire, la lecture de son récit poignant m’a totalement bouleversée. La plume de Malzieu est tour à tour drôle, émouvante, cocasse, nostalgique, enfantine, hésitante. A la fois baume et bouclier, sa poésie vient enjoliver le réel et permet à l’auteur d’affronter la mort en face, cette fameuse “Dame Oclès” aguichante et cruelle qui veut l’emmener de l’autre côté.

Alors OK, j’avais tort, je le reconnais allègrement. Me voilà charmée. C’est ma grande sœur qui va bien rigoler en lisant cet article maintenant.

Un monde de bibliothèques

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J’ai toujours imaginé le paradis comme une sorte de bibliothèque

Jorge Borges, L’Aleph

Tout-e bibliophile qui se respecte connaît par cœur cette citation de l’Argentin  Jorge Luis Borges. Et pendant longtemps, je partageais allègrement cette vision.

Aujourd’hui, les choses ont un peu changé. Ce sont des lieux qui tiennent à la fois du cocon et du trou noir, où l’enthousiasme de se trouver devant tant de livres se mêle à l’éternelle angoisse de savoir si, un jour, j’aurai lu ne serait-ce 10% des rayonnages (je suis la seule à qui ça fait cet effet?).

Et depuis que je me suis engagée sur la voie du minimalisme avec la méthode KonMari (à lire ici), les rayonnages de ma collection ont connu une purge plutôt radicale. Bref, les bibliothèques et moi, c’est une relation un peu compliquée.

Au fil des ans et des découvertes, j’ai tout de même eu la chance de dénicher de sacrées pépites que je voulais partager aujourd’hui. Voici un petit diaporama des  bibliothèques qui m’ont fait rêver.

  • Bibliothèque de l’Assemblée nationale – Paris

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Dès le sol franchi, on se croit sérieusement dans la scène de La Belle et la Bête où l’héroïne retenue prisonnière entre dans l’aile du château consacrée à la bibliothèque (ne faites pas semblant, vous savez très bien à quoi je fais référence). Un monde de connaissances, de peintures et de globes dorés s’offre à nous. J’ai pensé pendant quelques secondes à rester cachée jusqu’aux horaires de fermeture, histoire de pouvoir explorer plus à mon aise une fois la nuit tombée.

  • Trinity College Library- Dublin

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Si un jour vous êtes de passage dans la capitale irlandaise, je vous conseille fortement d’aller visiter Trinity College. Vous pourrez ainsi vous promener dans l’une des institutions les plus prestigieuses du pays et admirer la splendide bibliothèque qui contient le Book of Kells, évangile enluminée du IXe siècle et véritable trésor national. La Long Room (photo) vaut principalement le détour.

  • Bibliothèque Sainte-Geneviève- Paris

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Ayant étudié à Paris pendant quatre ans, j’ai un peu honte d’avouer que ma découverte de ce lieu magique n’a eu lieu qu’en septembre dernier lors des Journées du Patrimoine. C’est pourtant un lieu incontournable des étudiants de la Sorbonne située à quelques pas. J’aime particulièrement les structures en fer forgé qui donnent à l’édifice, d’extérieur imposant, une impression de légèreté surnaturelle. Un fun fact pour vous: les livres que l’on devine sur la photo ne constituent que 1% des stocks de la bibliothèque (soit 2 millions au total). Les autres 99% se situent dans les entrailles du bâtiment, bien au frais et à l’abri du temps.

 

Et vous, avez-vous des endroits à recommander ? Des bibliothèques de rêve à partager ?

 

Dans le grand cercle du monde • Joseph Boyden

Ca y est les amis, j’attaque les livres que je me suis offerts pour Noël! Tout espoir n’est pas perdu.

Je ne sais pas vous, mais jusqu’à récemment, quand on me parlait des Premières Nations d’Amérique, je me figurais des tribus indiennes peinturlurées et chevauchant au vent dans les grandes plaines. Un poil réducteur tout de même.

Il y a quelques semaines, j’ai suivi- et complété-  un MOOC (un cours en ligne, pour les non initiés) d’une université canadienne sur l’histoire politique du Québec. Un des moments les plus marquants de cette formation à mes yeux a été l’approche de l’histoire du peuplement du Québec. J’y ai découvert une incroyable diversité de peuples, dont l’évolution a marqué l’évolution de la Nouvelle-France. Et là je me suis sentie bien bête tout d’un coup.

Pour approfondir mes récentes découvertes, j’ai commencé Dans le grand cercle du Monde du Canadien Joseph Boyden (The Orenda en anglais). Ce roman fleuve retrace l’histoire des premiers colons européens emmenés par Samuel de Champlain au début du XVIIème siècle.

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Joseph Boyden, Dans le grand cercle du monde, Albin Michel, 2015, 608p.

Le roman est une oeuvre à trois voix: on suit à la fois Christophe, jésuite français désireux de convertir les peuples qu’il rencontre au christianisme, Oiseau, chef huron, et sa fille adoptive Chutes-de-Neige, iroquoise enlevée comme tribut de guerre dans son enfance et qui oscille entre ses deux familles. L’intensité narrative et le foisonnement de détails donnent un roman enlevé et particulièrement bien documenté sur la situation politique de la région à l’arrivée des colons dans ce qui n’est encore connu que sous le nom de “Kanata”. A la guerre contre lesautres tribus se mêlent les intérêts économiques du commerce de peaux et de métaux avec ces étranges “barbus” à la peau blanche.

Bref, on est aux antipodes du très cliché “Danse avec les Loups”. C’est un livre violent, sans concession, où les colons n’ont pas vraiment le beau rôle. Un changement de perspective qu’on apprécie!

Un barrage contre le Pacifique • Marguerite Duras

Dans la série “je rattrape les classiques que je n’ai jamais lus”, la confession qui va suivre pèse plutôt lourd dans le game. Tellement lourd que j’en ai un peu honte. Mais voilà, à tout juste 23 ans, je n’ai JAMAIS lu un Marguerite Duras de ma vie.

En fait, c’est un peu comme dans Belle du Seigneur, vous savez, quand le fonctionnaire Deume veut se mettre à travailler après des heures de procrastination intense à son bureau. Eh bien il n’y arrive pas pour cause de “barrage mental en vue” (j’ai d’ailleurs toujours trouvé cette expression fantastique). Entre Marguerite et moi, c’est un peu pareil. Je sais qu’il faudra que je m’y attelle un jour, je tends le bras pour attraper le livre, mais AAARGH mon cerveau fait un refus catégorique. Bref, un jour, j’ai décidé que cette comédie devait cesser.

Allez hop, viens par là Marguerite, faut qu’on cause.

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Marguerite Duras, Un barrage contre le Pacifique, 1950, Gallimard, 350p.

Autant le dire tout de suite, je n’ai pas été renversée par le bouquin. Plutôt l’inverse même. J’ai eu du mal à rentrer dans l’histoire et à accrocher aux personnages. J’ai trouvé l’ambiance franchement glauque et inquiétante dans la moiteur des contrées de l’Indochine et le huis-clos familial qui s’y tramait. Mais en y réfléchissant, c’est précisément ce sentiment d’inconfort qui m’a intéressée dans le livre: les non-dits familiaux et l’aveuglement d’une mère abrutie par la misère participent à l’élaboration d’une atmosphère proprement étouffante. Un vrai drame familial se joue.

Un barrage contre le Pacifique est le roman d’une lutte constante contre plus fort que soi et de l’impossibilité à trouver sa place dans une société coloniale sclérosée. En somme, des thèmes toujours actuels. Alors pour ceux qui comme moi auraient peur de s’y mettre, je vous le dis, ça risque de piquer un peu, mais la lecture en vaut le coup.

Et promis, la prochaine fois je parlerai de livres que j’aime VRAIMENT d’amour!

Recyclivre

Hé vous savez quoi? Le blog vient de souffler sa première bougie! Whoop whoop, ça se fête!

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Pour l’occasion, j’ai envie d’ouvrir une nouvelle rubrique. De vous parler des gens que l’aventure A Bookiful Day me fait rencontrer.

Pour ce premier article, je vous emmène sur les traces de Recyclivre, librairie éco-citoyenne animée en région lilloise par Johann Vandomber.

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Crédits photo: Recyclivre

Ce qui frappe au premier abord chez Johann, c’est sa véritable passion des livres. Clairement, je me trouve en face d’un bouquinovore troisième dan, mordu depuis son plus jeune âge. L’étincelle dans son regard lorsqu’il saisit un album de BD au détour d’une visite des locaux ne trompe pas. Alors vous imaginez, travailler au milieu des livres toute la journée, c’est le rêve du petit garçon dans un magasin de bonbons. Johann l’avoue: “Ca m’arrive d’emprunter des livres d’ici pour les lire chez moi. Mais je les rends après hein, promis!”. Nulle crainte Johann, ton secret sera bien gardé en ce lieu.

Aussi, ne lui parlez pas du danger des liseuses pour l’industrie du livre papier. Pour cet amoureux de la “culture des bibliothèques”, pas de danger que le livre disparaisse. Et à voir les quelques milliers de bouquins qui nous entourent, je suis bien tentée de le croire.

Nous sommes donc dans les locaux de Recyclivre à Lille, rue du Jardin des Plantes, où l’entreprise vient d’établir ses quartiers. D’énormes conteneurs remplis de livres récoltés auprès de particuliers et d’entreprises sont entreposés là, en attente d’être encodés et revendus. Internet n’est pas encore installé, et on peine à trouver un endroit où s’asseoir dans ce qui ressemble pour l’instant au paradis perdu des brocanteurs. Mais l’enthousiasme est palpable et communicatif.

Johann n’en est pas à son coup d’essai: après de nombreuses années dans l’associatif et l’insertion, ce Roubaisien d’origine décide de monter sa librairie solidaire OccaZou et sillonne la métropole avec son bibliobus de choc. En 2015, il devient le responsable régional de Recylivre. Au fil des mois, les partenariats se mettent en place: collectivités, structures associatives et d’insertion s’associent au projet.

Au fil de notre conversation, Johann nous confie des anecdotes sur son parcours de libraire solidaire: “Je me souviens  d’une commande record où un monsieur avait acheté près de 200 livres d’un coup pour l’anniversaire de sa femme.” Pourtant, en termes de client-cible, difficile de tracer un portrait robot: “Les gens achètent de tout, du polar comme de la BD, du Marc Lévy à Claude Lévy-Strauss.” (pun intended).

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Crédits photo: Recyclivre

Mais Recyclivre, c’est quoi au juste? C’est une entreprise éco-citoyenne fondée en 2008 qui se charge de collecter des livres auprès des particuliers, des entreprises et des collectivités (attention, selon certains critères tout de même). Ces livres sont ensuite encodés et revendus sur leur site ainsi que via d’autres plateformes telles qu’Amazon ou PriceMinister. 10% des bénéfices sont reversés aux partenaires et 10% à une association choisie par l’entreprise. Au total, ce sont près d’1 million de livres qui on été vendus en 10 ans, avec une belle moyenne de 50 000 livres par mois.

Recylivre, c’est donc une entreprise solidaire qui montre que d’autres modes de consommation de biens culturels sont possibles. Mais Johann garde les pieds sur terre: difficile de faire le poids face aux géants du marché: “On a parfois l’impression de se battre contre des moulins à vent. Mais les choses changent lentement. Dix pour cent des bénéfices reversés à une association, ça commence à faire une différence”.

Un pragmatisme qui pousse à frayer avec les grandes plateformes traditionnelles type Amazon. Un paradoxe? Johann le voit plutôt comme une opportunité: “C’est un phénomène auquel on est confrontés. On nous reproche souvent de nous associer à Amazon. Mais sans ça, on ne pourrait pas payer tous nos salariés”.

Nul doute que Recyclivre a de beaux jours devant lui en terres lilloises et ailleurs. Une éco-entreprise toujours en quête de nouveaux dons et partenariats et qui n’attend que vous pour prospérer!

Merci à Johann pour sa disponibilité et sa bonne humeur! 

Recylivre

Antenne Lille: Johann Vandomber – 99 rue du Jardin des Plantes – 03 66 72 61 01 

http://www.recyclivre.com 

Retrouvez Recylivre sur Amazon et PriceMinister.

 

Revue de presse • 7

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Au détour d’un stand Emmaüs

L’actualité des livres et des bibliothèques sur Internet

1- Vivez-vous dans un roman de Jane Austen? La réponse dans ce très bon article de The Toast (en anglais)

2- Le point commun des génies à succès du XXième siècle? Ils lisent. Beaucoup. La suite sur l’article de Mrs Darcy (en anglais)

3- Alex Johnson nous offre des vues des bibliothèques les plus insolites. Curieux? C’est par ici! (Télérama)

4-  Chéri, fais tes valises, on part en vacances dans ce village du Pays de Galles paradis des livres (Buzzfeed- en anglais)

5- Qui sont les auteurs cités dans le nouvel album de Beyoncé? Réponse sur cet article de Slate